Classé patrimoine mondial depuis 1981, le Parc national du Niokolo-Koba, situé dans le sud-est du Sénégal, a traversé des épreuves majeures allant du braconnage à l'exploitation minière. Joyau de la biodiversité locale, il a connu un parcours tumultueux entre menaces graves et efforts de réhabilitation. De sa création en 1954 à son inscription sur la liste des patrimoines en péril en 2007, puis à son retrait de cette même liste le 25 juillet 2024, ce parc a su surmonter tous les défis pour retrouver son statut. Marine Drouilly, dont les recherches ont contribué à la compréhension et à la protection des espèces emblématiques de ce parc, explore dans cette interview l'histoire de ce parc, les défis auxquels il a fait face et les succès qui ont permis de restaurer son statut de patrimoine mondial.
Pouvez-vous nous donner un bref aperçu historique du parc national du Niokolo-Koba et de son importance en tant que site du patrimoine mondial ?
Les premières actions de conservation de la grande faune au Sénégal ont été prises en 1926 à l'époque du gouverneur général de l'Afrique occidentale française (AOF) pour pallier la disparition des grands mammifères imputée à la chasse sportive coloniale. Ainsi, le 16 avril 1926, un “Parc National de refuge” est créé en Haute Casamance. Ce premier périmètre de protection est constitué par arrêté du 17 septembre 1937 en “réserve partielle de chasse” et étendu plus à l’est. Le 18 juillet 1950, la réserve partielle de chasse est transformée en “réserve totale de faune du Niokolo-Koba”. Le Parc national du Niokolo-Koba est officiellement créé le 19 août 1954 par l’intégration de plusieurs forêts adjacentes. Il couvre alors une surface de 260 000 hectares.
Sa vocation est de préserver la faune et la flore et d’ouvrir la région au développement touristique. Cette volonté se traduit par la construction de l’hôtel de Simenti, de quelques campements et d’un aérodrome. En 1969, après l'indépendance, le Parc national prend sa physionomie actuelle et occupe une superficie de 913 000 hectares. Le parc est ensuite inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1981 pour sa biodiversité unique et ses écosystèmes exceptionnels.
Grâce à la rencontre d’ écosystèmes de savanes et de la forêt guinéenne, le parc abrite une grande diversité biologique. Il est aussi l'un des derniers refuges pour le lion d'Afrique de l'Ouest, en danger critique d'extinction d'après la liste rouge de l'UICN . Il contient la population la plus septentrionale de chimpanzés, la dernière population de lycaons de la région et l'unique population d’élands de Derby en Afrique de l'Ouest.
Pourquoi le Niokolo-Koba a-t-il été inscrit sur la liste du patrimoine mondial en danger en 2007 ?
Cette liste du patrimoine mondial en péril a été conçue pour informer la communauté internationale des graves menaces qui pèsent sur ces sites et qui pourraient avoir des effets nuisibles sur ses caractéristiques essentielles, mais aussi pour encourager des mesures correctives. Le Parc national du Niokolo-Koba doit faire face à de nombreuses menaces allant du braconnage à l'extraction minière (basalte, or), en passant par l'envahissement des mares par des espèces de plantes invasives, menaçant sa valeur universelle exceptionnelle. Ce sont ces menaces qui ont entraîné le déclin de la faune sauvage du parc et ont mené à son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 2007.
Quelles actions et contributions clés ont conduit au retrait du Niokolo-Koba de cette liste, et qui en a été le moteur ?
C'est le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco, réuni à New Delhi en Inde, qui a décidé le 30 juillet 2024 de retirer le Parc national du Niokolo-Koba de la Liste du patrimoine mondial en péril, suite aux mesures positives prises par l'État du Sénégal, avec le soutien de l'Unesco et de la communauté internationale, qui ont contribué à améliorer l'état de conservation du site naturel.
Parmi ces mesures, le suivi des espèces emblématiques a été considérablement renforcé et des moyens importants ont été alloués à la surveillance du parc afin de lutter contre le braconnage et l'orpaillage illégal, ainsi que pour mieux organiser la transhumance du bétail. Un laboratoire mobile de contrôle de la qualité des eaux du parc a également été mis en place et des équipements d'analyse de l'eau et des sols ont été installés.
Enfin, des travaux ont été menés pour améliorer la lutte contre l'espèce invasive Mimosa pigra. Malgré ces avancées importantes, les efforts doivent absolument être poursuivis.
Quels sont les bénéfices pour le Niokolo-Koba d’avoir été retiré de la liste des sites en danger ?
Les avantages vont d'une meilleure réputation du parc – ce qui peut attirer plus de touristes, de chercheurs – à une validation du travail accompli, ce qui crée une réelle motivation pour poursuivre les efforts engagés. Le retrait du site de cette liste peut aussi offrir de nouvelles opportunités de financement, voire même de partenariats, ainsi qu'un soutien accru de la part des communautés environnantes et du gouvernement. Tout cela contribue à la durabilité et au succès à long terme du parc.
Comment le Sénégal peut-il garantir la protection et la préservation continue du parc à l'avenir ?
Le Sénégal doit poursuivre son travail au sein du parc en continuant à lutter contre le braconnage, et en renforçant son combat contre le commerce illégal des ressources naturelles, dont les peaux d'espèces protégées comme le lion et le léopard, autour du parc et à travers tout le pays. Le suivi à long terme de la faune sauvage doit pouvoir se poursuivre pour surveiller les tendances des populations et vérifier leur bon état de conservation. La lutte contre la pollution minière et les espèces invasives doit également être maintenue. Un tourisme raisonné pourrait être davantage développé au sein du parc, impliquant les communautés alentour.
