Enfants qui sortent de l'école en courant
Dans les écoles primaires, le calendrier des vacances a été d’abord à «géométrie variable». Shutterstock

Raccourcir les vacances scolaires ? Un calendrier qui a toujours fait débat

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Les vacances sont-elles trop longues pour les élèves ? Cette question suppose de se pencher sur leur distribution à l’année, ce qui a toujours soulevé d’importants débats.


Lors de la déclaration de politique générale au Sénat qu’Elisabeth Borne a faite au nom du Premier ministre François Bayrou le 14 janvier, la nouvelle ministre de l’Éducation nationale a mentionné la volonté du Premier ministre de « lancer une grande concertation sur le temps scolaire », puis a confié le lendemain au quotidien Le Parisien que « la durée des vacances d’été ne changerait pas pour la rentrée 2025 mais que cela dépendrait, pour 2026, de l’issue des discussions ». Et Elisabeth Borne s’est prononcée nettement pour un raccourcissement en arguant que « les coupures longues se traduisent par des pertes de niveau pour les élèves les plus fragiles. »

En plein débat – difficile – sur la question budgétaire, la reviviscence de la question clivante du « temps scolaire » et en particulier de la réduction de la durée des grandes vacances ne peut manquer d’étonner. Certains sont convaincus que ce calendrier scolaire est plus ou moins immuable et que la coupure en juillet et août va de soi. Le passé lointain et même relativement proche prouve cependant le contraire.

L’alignement des calendriers du primaire et du secondaire

Pour ce qui concerne les écoles primaires, le cadre des vacances a été d’abord à « géométrie variable ». Le statut du 25 avril 1834 indique qu’elles « seront réglées par chaque Comité d’arrondissement pour toutes les Écoles de son ressort […], mais sans que la totalité excède six semaines ». L’arrêté du 18 janvier 1887 fixe la durée des vacances d’été à six semaines. Les dates sont déterminées par les préfets et varient localement, le plus souvent situées dans la période qui va de début août à début octobre.

En 1922, on y ajoute 15 jours et la pause estivale s’étend du 31 juillet au 30 septembre. En 1938, les grandes vacances du primaire sont alignées sur celles du secondaire et commencent désormais le 14 juillet, en se terminant néanmoins toujours le 30 septembre. Une harmonisation qui répond aux attentes des éducateurs et des familles comme le relate l’ancien ministre de l’Éducation Jean Zay dans Souvenirs et solitudes :

« Les éducateurs signalaient depuis longtemps que, dans la deuxième quinzaine de juillet, sous la canicule, le travail scolaire devenait nul ; on se bornait à somnoler sur les bancs et à soupirer en regardant les fenêtres. Les familles de leur côté se plaignaient de ne pouvoir organiser leurs vacances à leur guise, pour peu qu’elles eussent un enfant au lycée et un autre à l’école primaire. »

En ce qui concerne les collèges et lycées, avant la IIIe République, les grandes vacances commençaient le 15 août et finissaient le 1re octobre. À partir de l’établissement de la IIIe République, elles vont débuter de plus en plus tôt dans l’année – et durer plus longtemps. En 1875, il est décidé qu’elles commenceront désormais le 9 août ; puis, à partir de 1891, le 1re août. En 1912, le début des grandes vacances est avancé au 14 juillet ; mais elles durent toujours jusqu’au 1re octobre. On est donc passé de 1874 à 1912, d’un mois et demi de grandes vacances à deux mois et demi.

Le zonage géographique des vacances

En 1959, les grandes vacances scolaires sont déplacées de quinze jours : elles commencent plus tôt (le 1re juillet) et finissent plus tôt (le 15 septembre). Selon deux spécialistes de la question des « rythmes scolaires », Georges Fotinos et François Testu, la période des années soixante et soixante-dix « a pour caractéristique de s’intéresser presque uniquement au calendrier scolaire sur le plan économique. Elle voit l’introduction progressive des zones géographiques à la demande de divers organismes socioprofessionnels tant salariés que patronaux dans certains secteurs d’activité, les transports routiers et ferroviaires, et surtout le tourisme ».

Les zones de vacances scolaires (Franceinfo INA).

Dès l’année 1960, un arrêté précise que les dates de vacances d’hiver et de printemps doivent être fixées « en accord avec le ministère des Travaux publics et des Transports de façon que la SNCF puisse organiser les retours dans les meilleures conditions ».

En 1968, le zonage géographique des congés de la mi-février est mis en place : deux zones décalées d’une semaine, chaque congé n’ayant qu’une durée de 9 jours. On passe à trois zones en 1972, à la suite des demandes insistantes des professionnels du tourisme.

La valse-hésitation des rythmes scolaires

À partir des années 80, on commence à réellement écouter sur le sujet des rythmes scolaires des scientifiques tels que les professeurs Montagner, Reinberg, Testu, Touati et des médecins pédiatres tels que Courtecuisse ou Guran.

Cela se traduit finalement par un grand changement dans le calendrier scolaire de l’année 1986-1987. L’administration concernée du ministère de l’Éducation nationale propose deux calendriers : l’un, appelé A, est de facture traditionnelle ; l’autre, intitulé B, est construit à partir des résultats des études des scientifiques précités. C’est le fameux 7/2, à savoir la succession tout au long de l’année de sept périodes de travail de sept semaines entrecoupées de quatre périodes de congés (Toussaint-Noël-Hiver-Pâques) de deux semaines chacune. Année qui se termine par huit semaines de congés d’été.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, souhaite qu’une consultation soit menée auprès de quelque 120 partenaires du ministère. Le calendrier B reçoit un large assentiment, notamment auprès de toutes les fédérations de parents d’élèves, de toutes les associations familiales ou complémentaires de l’école, ainsi que de la grande majorité des syndicats d’enseignants.

Les « scientifiques » l’ont emporté. Mais cela ne durera pas. Et depuis on assiste à une « valse hésitation » récurrente, qu’illustre tout particulièrement l’épisode de 1991.

Calendrier, crayon et punaises
Depuis les années 1980, les questions sur la répartition des vacances scolaires dans le calendrier reviennent régulièrement. Shutterstock

Le samedi 16 février 1991, les retours de vacances d’hiver sont difficiles. De la neige ; des bouchons ; des mécontents. Le Premier ministre Michel Rocard se prononce publiquement pour un retour aux trois zones, allant même jusqu’à suggérer que l’on pourrait étaler à nouveau les vacances d’été. Les lobbies s’engouffrent dans la brèche.

Le ministère de l’Éducation nationale rend public le 13 mars 1991 un projet d’arrêté visant à modifier le calendrier scolaire. Le directeur de cabinet de Lionel Jospin, Olivier Schrameck, indique qu’il s’agit d’un « ajustement » né d’une concertation entre le ministère de l’Éducation nationale et celui du Tourisme, à la demande du Premier ministre Michel Rocard. Les modifications porteront sur les congés d’hiver et de printemps pour lesquels les trois zones seront rétablies.

Une nouvelle fois, le retour à trois zones rend impossible un calendrier en 7/2, qui n’est compatible qu’avec deux zones maximum. Et le débat revient à intervalles réguliers dans l’actualité depuis, avec quelques variations de forme, certes, mais des enjeux de fond semblables.


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In fine, la France accorde-t-elle plus de vacances l’été à ses élèves que la plupart des autres pays ? La publication par Eurostat, l’organe statistique de la Communauté européenne, de « l’organisation du temps scolaire en Europe 2022/2023 » permet une comparaison à l’échelle du continent. Contrairement à ce qu’on lit parfois, les congés d’été sont plutôt pus courts en France par rapport aux autres pays. Comme en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, une partie de la Belgique ou en Norvège, la France ne dépasse pas les 8 semaines de congés d’été. Partout ailleurs en Europe, les vacances d’été sont plus longues. 8 à 10 semaines en Europe centrale. 10 à 12 semaines en Espagne et dans les Balkans. Plus de 12 semaines en Italie, en Grèce, en Turquie et à Malte qui détient le record.

La différence quant au total des vacances durant toute l’année – où la France se situe au-delà de la moyenne – se joue sur les congés en cours d’année, les autres pays ayant rarement des « petites vacances » qui dépassent la semaine.

La focalisation sur la réduction de la durée des grandes vacances peut donc légitimement être un sujet d’étonnement, d’autant plus que cet objectif n’a vraiment de sens et ne peut être véritablement être mis en place que de façon systémique.

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