Mark Carney, premier ministre du Canada, lors de la victoire du Parti libéral aux élections canadiennes, à Ottawa, le 29 avril 2025. La Presse canadienne/Frank Gunn

Impensable il y a quelques mois à peine, Mark Carney mène les libéraux à leur quatrième victoire consécutive

Le chef libéral Mark Carney a réussi un revirement politique spectaculaire lors des élections du 28 avril, en convainquant les électeurs qu’il était le meilleur candidat pour lutter contre les menaces d’annexion du président américain Donald Trump.

« Nous avons surmonté le choc de la trahison américaine ; nous devons prendre soin les uns des autres », a-t-il déclaré à ses partisans en liesse lors de son discours de victoire à Ottawa.

« Ensemble, nous construirons un Canada digne de nos valeurs. Un Canada fort, un Canada libre, un Canada pour toujours, vive le Canada ! »

Les Canadiens ont accordé aux libéraux leur quatrième mandat depuis 2015, même si la course contre les conservateurs a été beaucoup plus serrée que ne le prédisaient les sondages.

Il y a seulement quatre mois, le chef conservateur Pierre Poilievre avait toutefois une avance de 25 points dans les sondages d’opinion et semblait assuré de remporter la victoire.

Mais l’avance de Poilievre a fondu en raison d’un revirement de l’opinion publique durant les mois qui ont précédé le début de la campagne. La démission de Justin Trudeau au début du mois de janvier, puis la candidature officielle de Mark Carney à la direction du Parti libéral ont radicalement changé le paysage politique.

Le soutien aux libéraux a bondi en quelques semaines, dès lors que Mark Carney est devenu chef du parti et que Donald Trump a continué de menacer le Canada de devenir le 51e État américain et d’imposer — ou menacer de le faire — des droits de douane exorbitants.

Le parti est passé de 20 points de retard sur les conservateurs à une avance leur permettant de les dépasser et d’espérer remporter une quatrième victoire consécutive. Un revirement qualifié de « sans précédent » par Frank Graves, sondeur de longue date.

Une femme pleure tandis qu’une autre femme assise à côté d’elle sirote un verre de vin
Les partisans réagissent en regardant les résultats lors de la soirée électorale du chef conservateur Pierre Poilievre à Ottawa, le 28 avril 2025. La Presse canadienne/Christinne Muschi

Le message de Poilièvre

Les nouveaux discours liés au sentiment anti-Trump se sont avérés très avantageux pour les libéraux. Ils ont su tirer le meilleur parti de ce cadeau politique.

Ce revirement, associé à la suppression de la taxe carbone par Carney, a mis Poilievre sur la défensive. Ses attaques des politiques de Justin Trudeau et son slogan « axe the tax » (supprimer la taxe) ont perdu de leur pertinence.

Un homme aux cheveux foncés sourit en tenant une hache et une pancarte sur laquelle est écrit « Tax »
Le chef conservateur Pierre Poilievre signe une affiche à Iqaluit en septembre 2024. La Presse canadienne/Dustin Patar

Alors que l’élection devenait de plus en plus une course à deux entre les libéraux et les conservateurs, les petits partis luttaient pour rester dans la course.

Les premiers résultats indiquent des pertes importantes pour le NPD, passant de 18 % des voix aux dernières élections à moins de 6 % en 2025. Jagmeet Singh a perdu son propre siège à Burnaby, en Colombie-Britannique et a démissionné de son poste de chef du parti dans la nuit du 29 avril. Dans plusieurs circonscriptions, les électeurs de gauche auraient ainsi répondu à l’appel au vote stratégique des libéraux afin d’empêcher une victoire des conservateurs.


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Le Bloc québécois a également perdu du terrain, tout comme le Parti vert et le Parti populaire du Canada (PPC). Ni les Verts ni le PPC n’ont présenté de liste complète de candidats, ni participé aux débats des chefs. Ils ont donc joué un rôle relativement limité dans cette élection.

Vote anticipé dans une élection à parité hommes-femmes

Une autre caractéristique notable de cette élection a été le taux record de participation au vote par anticipation (7,3 millions de Canadiens s’en sont prévalus), en forte hausse par rapport aux 5,8 millions enregistrés en 2021.

Le vote anticipé est désormais au cœur de la stratégie électorale des partis. Ces derniers multiplient les initiatives pour inciter les électeurs à voter à chaque occasion, et pas seulement le jour du scrutin. Cette tendance soulève des questions non seulement sur l’augmentation globale du taux de participation, mais aussi sur l’influence des programmes électoraux. De nombreux votes ont en effet été exprimés avant que tous les partis aient publié leur programme.

Une femme quitte un immeuble dont les fenêtres sont recouvertes d’affiches électorales jaunes d’Élections Canada
Une femme quitte un bureau de vote par anticipation à Toronto, le 18 avril 2025. La Presse canadienne/Laura Proctor

Par ailleurs, que nous apprend cette élection sur la représentation des genres et de la diversité au Parlement canadien ?

Il s’agissait d’une élection fortement marquée par le genre. Les chefs des principaux partis sont tous des hommes, à l’exception d’Elizabeth May, co-chef du Parti vert.

Le NPD présentait une majorité de femmes, et la liste de candidats la plus diversifiée en termes de population autochtone, noire, racialisée et de candidats LGBTQ+. Mais les pertes spectaculaires du parti signifient que ces gains ne se traduiront pas nécessairement par une représentation plus diversifiée au Parlement.

De plus, l’une des premières mesures prises par Carney en tant que premier ministre a été de supprimer l’équilibre entre les sexes au sein du cabinet et de réduire sa taille.

Une longue table en bois avec un groupe de personnes, principalement des hommes, assis de chaque côté
Mark Carney est rejoint par son cabinet avant de signer une note de décision visant à supprimer la taxe carbone sur la consommation sur la Colline du Parlement à Ottawa en mars 2025. La Presse canadienne/Justin Tang

Ces décisions vont à l’encontre des efforts précédemment déployés pour institutionnaliser la diversité et l’égalité des genres au sein du Parlement canadien.

Les programmes électoraux des partis reflétaient également des approches divergentes en matière de condition féminine. Le programme conservateur ne mentionnait les femmes que quatre fois, dont trois dans le contexte de l’opposition aux droits des personnes transgenres.

Le rôle des jeunes hommes de la classe ouvrière

Comme lors des dernières élections fédérales, les jeunes hommes issus de la classe ouvrière sont de plus en plus attirés par les conservateurs. Cette tendance semble moins motivée par le conservatisme fiscal que par des inquiétudes liées à la rapidité des changements sociaux, une tendance également observée lors des élections présidentielles américaines de 2024.

Un jeune homme portant une casquette Canada First
Un partisan de Pierre Poilievre arrive à son quartier général électoral à Ottawa, le 28 avril 2025. La Presse canadienne/Chris Young

Beaucoup de ces jeunes hommes expriment leur frustration face au coût du logement et à la précarité de l’emploi, ainsi qu’à ce qu’ils considèrent comme la « culture woke » du Parti libéral et du NPD, qui, selon eux, érode les valeurs traditionnelles qui ont toujours profité aux hommes. En revanche, les Canadiennes de tous âges continuent de privilégier les partis qu’elles jugent plus progressistes — le Parti libéral et le NPD.

Parmi les explications avancées, les jeunes hommes auraient le sentiment d’être laissés pour compte par les libéraux, tandis que les conservateurs semblent avoir trouvé le moyen de se rapprocher d’eux.

Une réforme électorale est-elle nécessaire ?

Au lendemain des élections, il existe des moyens de combler les lacunes actuelles en matière de représentation. Des organisations telles que l’Union interparlementaire des Nations unies et l’Association parlementaire du Commonwealth, ainsi que les études sur le genre et la politique, proposent diverses réformes pour renforcer la diversité au Parlement.

Ces réformes sont considérées comme essentielles pour renforcer la légitimité, la réactivité et l’efficacité du système parlementaire canadien. Les recherches montrent que lorsque le pouvoir législatif reflète la diversité des sociétés qu’il gouverne, les élus sont plus susceptibles d’élaborer des politiques équitables, inclusives et qui jouissent de la confiance du public.

Cette élection a ainsi mis en lumière d’importantes questions, tant sur la représentation des élus que sur la nécessité éventuelle d’une réforme démocratique, afin d’éviter que le bipartisme ne prenne de l’ampleur au Canada.

This article was originally published in English

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