Cartographie du bruit routier, en 2022.
Exemple de carte de bruit stratégique pour un axe routier. Fourni par l'auteur

À quoi servent les cartes de bruit ? Mesurer le bruit des transports pour mieux protéger la santé

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Troubles du sommeil, stress chronique, risques cardiovasculaires… le bruit des transports est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux facteurs environnementaux affectant la santé des Européens. Mais combien sont exposés à des niveaux sonores nocifs sur le plan sanitaire ? Les cartes de bruit stratégiques permettent de mesurer cette exposition afin de guider les politiques publiques destinées à la réduire.


En France, plus des deux tiers de la population se déclare gênée par le bruit. Celui-ci peut en effet avoir des conséquences importantes sur la santé physique et mentale. Des travaux scientifiques montrent que l’exposition chronique au bruit peut provoquer des troubles du sommeil, augmenter le stress et accroître le risque de certaines maladies cardiovasculaires. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé la considère comme le deuxième facteur environnemental de morbidité en Europe, après la pollution de l’air.

Combien de Français sont exposés à des niveaux de bruit dangereux au plan sanitaire ? Pour le savoir, les autorités recourent à des cartes de bruit stratégiques (CBS), qui permettent de mesurer cette exposition afin de guider les politiques publiques destinées à la réduire.

Ensuite, à partir de ces cartes, comment agir ? Le Cerema a récemment produit un état des lieux ainsi que des recommandations à l’attention des collectivités.

Plus de 30 % de Français exposés au bruit

Le bruit routier est de loin la principale source d’exposition au bruit. Les dernières cartes de bruit stratégiques (CBS) montrent que 21,8 millions de personnes sont exposées à des niveaux de bruit routier dépassant les seuils européens, soit plus de 30 % de la population française (métropole et départements et régions outre-mer confondus).

Le bruit ferroviaire et le bruit aérien, pour leur part, concernent respectivement 2,4 millions et 600 000 personnes supplémentaires. Certaines de ces populations sont également exposées au bruit routier par ailleurs : l’exposition aux différents types de bruit peut ainsi se cumuler.

L’exposition au bruit est très largement concentrée dans les grandes agglomérations, qui regroupent plus des trois quarts des personnes concernées. L’Île-de-France représente à elle seule 37 % de la population exposée au bruit routier et 40 % de celle exposée au bruit ferroviaire, reflet de la forte densité de population et d’infrastructures de la région. Les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes sont également particulièrement concernées.

En France, le bruit routier est la première cause de nuisances sonores. Shutterstock (no reuse)

Au-delà du nombre de personnes concernées, l’exposition au bruit des transports à des conséquences mesurables sur la santé, qui en font un enjeu majeur de santé publique.

Un enjeu de santé publique

Ainsi, le bruit routier provoquerait a minima une forte gêne pour près de quatre millions de Français, plusieurs centaines de milliers de troubles du sommeil, et il augmenterait également le risque de certaines maladies cardiovasculaires.

Pris individuellement, ces effets peuvent sembler limités, mais à l’échelle de la population, ils représentent une perte moyenne d’environ un mois de vie en bonne santé par Français au cours de sa vie. Cette perte peut atteindre plusieurs mois dans les plus grandes métropoles françaises.

Il est important de noter que les chiffres présentés ici sont probablement des estimations conservatrices. En effet, les cartes de bruit stratégiques ne couvrent pas toutes les infrastructures bruyantes et certains effets sanitaires mis en évidence par des études récentes ne sont pas encore pris en compte dans les évaluations réglementaires, notamment la mortalité prématurée toutes causes confondues et les difficultés d'apprentissage chez les enfants.


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Cartes de bruit stratégiques, mode d’emploi

La directive européenne 2002/49/CE, dite « directive bruit », rend obligatoire la production de cartes de bruit stratégiques (CBS) tous les cinq ans à échéance fixe. Elles sont réalisées selon une méthode de calcul harmonisée à l’échelle européenne afin de permettre leur comparaison d’une agglomération à l’autre. Ainsi, les dernières cartes datent de 2022 et elles seront mises à jour en 2027.

Exemple d’une carte de bruit stratégique pour un axe routier (2022). Fourni par l'auteur

Les CBS permettent de visualiser les zones où le bruit des transports dépasse les seuils européens de 50 dB(A) la nuit et 55 dB(A) sur la journée complète.

Le calcul de ces niveaux de bruit repose sur de nombreuses données, en particulier sur les caractéristiques du trafic routier, ferroviaire et aérien. Leur collecte est particulièrement complexe car les informations sont réparties entre un grand nombre de gestionnaires. Des outils comme la plateforme Avatar, développée par le Cerema, contribuent à harmoniser ces données et à faciliter la réalisation des prochaines cartes de bruit.

Les niveaux de bruit calculés sont alors croisés avec des données de population, ce qui permet de décompter le nombre de personnes exposées au bruit des transports. Cette estimation rend possible l’évaluation des impacts sanitaires du bruit des transports.

Représentation du réseau concerné par les cartes de bruit stratégiques dans l’Hexagone : routes (bleu), voies ferrées (rouge), agglomérations (vert) et aérodromes (jaune). Fourni par l'auteur

Étant donné les caractéristiques de l’exposition au bruit en France évoquées plus haut, les CBS couvrent actuellement les grands axes routiers et ferroviaires, les principaux aéroports, ainsi que les agglomérations de plus de 100 000 habitants.


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Comment réduire le bruit à la source ?

Les CBS ne servent pas uniquement à établir un état des lieux. Elles constituent un outil d’aide à la décision pour les gestionnaires d’infrastructures et collectivités, qui s’appuient sur elles pour élaborer leurs plans de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE).

Quels leviers mobiliser pour réduire les nuisances sonores ? On peut agir directement sur le bruit émis par les transports, par exemple en adaptant les vitesses de circulation, en limitant le trafic dans certains secteurs ou en utilisant des revêtements de chaussée moins bruyants.

Lorsque ces mesures ne sont pas suffisantes, une autre approche consiste à limiter la propagation du bruit grâce à des ouvrages de protection. Par exemple, des écrans acoustiques ou des merlons (buttes de terre ou de roche destinées à réduire le bruit ou à servir d’écran visuel), ou encore d’améliorer l’isolation acoustique des bâtiments exposés.

À plus long terme, la lutte contre le bruit passe aussi par les choix d’aménagement urbain. L’implantation des bâtiments, l’organisation des quartiers ou la localisation des infrastructures peuvent contribuer à limiter durablement l’exposition des habitants. Des outils d’aide à la décision tels que diagBruit, développé par le Cerema, permettent également d’évaluer de manière simple le risque sonore d’une parcelle avant un projet d’aménagement ou de construction afin de mieux prendre en compte le bruit dès la conception des projets.

Il n’existe toutefois pas de solution universelle. Chaque mesure présente des avantages mais aussi des contraintes techniques, économiques ou paysagères. Les CBS permettent justement d’identifier les secteurs les plus exposés afin de combiner les mesures les plus adaptées à chaque territoire. Dans un contexte où le bruit reste l’un des principaux risques environnementaux pour la santé, ces cartes constituent donc un outil essentiel pour orienter les politiques publiques et suivre leurs effets dans le temps.

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